Quand la Lune rencontre Mercure

4h30, le réveil sonne. Comme souvent avec les photographes Nature, c’est plus tôt que si je travaillais. Bien plus tôt.

Je m’extrais bien difficilement de sous l’indispensable moustiquaire, cela ne fait finalement que 4h que je suis couché. Je m’assieds sur le bord du lit, les coudes sur les genoux. Je me frotte le visage, les yeux. Histoire de me réveiller un peu. Le clapotis des vagues du lac Baringo est le seul bruit qui se fait entendre. A cette heure, tous les oiseaux dorment encore, eux. Pourquoi est-ce que je me suis levé aussi tôt…
J’ai encore dans l’esprit tout ce qu’Olivier nous a fait découvrir lors de la dernière veillée. Nous, c’est la promotion Mimosa, groupe du nom de la géante bleue qui compose l’emblématique constellation de la Croix du Sud. Et si je me lève si tôt, c’est justement parce qu’Olivier nous a dit que ce matin, c’est le dernier quartier de Lune qui va se lever au dessus du lac. J’ai fait pas mal de photos de la voie lactée, hier soir, je n’ai donc qu’à reprendre le matériel tel quel, sans avoir à me poser de question.
Je franchis le seuil du lodge pour me retrouver dans la nuit profonde. Evidemment, nous allons observer les étoiles, point de pollution lumineuse, donc. Je commence à connaitre le chemin qui mène au mess par coeur, les yeux encore embrumés de fatigue, ça se fait donc bien. Et j’aperçois de l’autre coté les écrans des boîtiers déjà en place. Il y a eu plus courageux que moi.
Je retrouve donc Régis et Olivier. Régis tout juste levé, tout comme moi, et Olivier, pas encore couché! Finalement, ce n’est pas plus courageux que j’ai en face de moi, mais plus fou! Tony est là aussi, mais ne tardera pas à repartir se coucher. Ah, ces baroudeurs…
La Lune s’est levée à 4h37 mais les collines de l’autre coté du lac nous empêchent de la voir tout de suite. J’ai donc le temps de mettre en oeuvre le cadrage auquel j’ai pensé depuis qu’Olivier nous a dit, la veille, que nous allions voir le lever de lune. Et je dois dire que je suis plutôt satisfait. Reste à la lune de venir compléter la composition.
Le temps passe, doucement. Et à ses cotés, la Nature se réveille. Au clapotis, viennent désormais se joindre le chant des oiseaux les plus matinaux. Le cadre est enchanteur, idyllique, paradisiaque. La Lune commence à poindre derrière la rive Est du lac Baringo. On en devine déjà la lumière cendrée. Et s’ensuit ce fameux dernier croissant. Partie infime de notre satellite éclairée par le soleil qui la suivra dans à peine une heure. On a d’ailleurs l’impression qu’elle est comme poussée par les vents solaires à mesure qu’il veut venir prendre sa place dans le ciel.
A mesure que l’elle se lève, le ciel autour de nous rougeoie de plus en plus. Le contraste avec les collines au loin est saisissant: l’ombre et la lumière. Tout comme sur la Lune.
Dans son sillage, un point lumineux. Quelle est donc cette étoile qui semble la suivre comme sa petite soeur? Olivier nous apprend qu’il s’agit de Mercure, une planète donc, pas une étoile. Mercure, si difficile à observer! Elle est là, sous nos yeux ébahis. Le temps semble s’arrêter. Au moins l’espace de quelques secondes, le temps de figer cet instant dans notre esprit et nos capteurs…

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Alexis Écrit par :

Alexis est né il y a 39 ans à Bussang, un village au coeur des Hautes-Vosges. Depuis toujours proche de la Nature, découverte au fil de nombreuses randonnées avec ses parents, il fait ses premiers pas en photographie avec le Nikon FM de son père, il y a aujourd’hui plus de 20 ans… C’est ainsi qu’il exerce peu à peu son oeil aux merveilleux paysages des Hautes Alpes, de Haute-Maurienne, du Queyras. Débutant dans la vie active après des études d’ingénieur, le manque de temps lui fait peu à peu cesser la photographie, et ce Vosgien de naissance et de coeur s’exile en Haute-Normandie en l’an 2000. Ce n’est qu’en 2005 que la passion pour l’image refait surface, elle qui n’a jamais totalement disparu. Equipé d’un Nikon D70, Alexis se cherche alors en tant que photographe. Ce n’est que lors de l’acquisition de sa maison, perdue au milieu de champs, comme il la décrit lui-même, que la proximité avec la Nature fait son oeuvre. L’envie de capter l’instant, l’ambiance, le comportement, tout particulièrement celui des chevreuils qu’il aperçoit de sa fenêtre au petit matin: c’est là que tout a réellement commencé. Depuis, Alexis a progressé, évolué, appris à mieux connaitre ses sujets qu’il aime tant, et c’est donc en véritable photographe naturaliste, soucieux de partager et de transmettre une émotion au travers de ses images, qu’il crée, avec ses amis Benjamin et Rémi, le collectif Horizons Naturels en 2010.

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